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Texte de Jules Vallès
« Je ne me rappelle une caresse du temps où j'étais
tout petit ; je n'ai pas été dorloté, tapoté,
baisoté, j'ai été beaucoup fouetté.
Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants,
et elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas
le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard
que quatre heures.
Mademoiselle Balandreau m'y met du suif. C'est une bonne
vieille fille de cinquante ans. Elle demeure au-dessous de
nous. D'abord elle était contente : comme ellle
n'a pas d'horloge, ça lui donnait l'heure. "Vlin !
Vlan ! Zon ! Zon ! voilà le petit chose qu'on fouette ;
il est temps de faire mon café au lait."
Mais un jour que j'avais levé mon pan, parce
que ça me cuisait trop, et que je prenais l'air
entre deux portes, elle m'a vu ; mon derrière
lui a fait pitié(
)
Elle a inventé quelque chose : lorsqu'elle entend
ma mère me dire :
"Jacques, je vais te fouetter !
- Madame Vingtras, ne vous donnez pas la peine, je
vais faire ça pour vous.
- Oh, chère mademoiselle, vous êtes
trop bonne !"
Mademoiselle Balandreau m'emmène ; mais au lieu
de me fouetter, elle frappe dans les mains ; moi, je
crie. Ma mère remercie, le soir, sa remplaçante.
"A votre service" répond la brave fille, en
me glissant un bonbon en cachette. »
Jules Vallès, L'enfant,
1879
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